Mail du 2 mai 2016 adressé à la liste de diffusion du Carnaval : Des nouvelles des goguettes et une description du Carnaval de Paris 1833 faite par Victor Hugo !!
02/05/2016

Carnaval de Rio - Don Quixote - ano 8, n°146, p. 8, 31 janvier 1907

Bonjour,

Savez-vous que le Carnaval de Paris a eut une influence décisive sur le Carnaval de Rio ? Cette surprenante information, vous en trouverez le détail dans le chapitre consacré à l’influence internationale du Carnaval de Paris que j’ai publié dans Wikipédia ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_de_Paris#L.27influence_internationale_du_Carnaval_de_Paris

Très différent du défilé des écoles de samba d’aujourd’hui, le Carnaval de Rio au XIXème siècle a pris pour modèle les traditions du Carnaval de Paris. Comme on le voit dans l’image ci-dessus jointe à ce mail, qui montre le défilé du Carnaval de Rio en 1907. Elle est extraite d’une publication brésilienne : Don Quixote, 31 janvier 1907, 8ème année, n°146.

 J’ai aussi rencontré dernièrement au cours de mes recherches une autre information sur le Carnaval : il y avait jadis un grand Carnaval à Madrid. La presse française en parlait, par exemple en 1848. Voici une image du Carnaval de Madrid 1879 qui représente la Danza de los palos (Danse des bâtons) :

La Danse des bâtons au Carnaval de Madrid 1879 - La Danza de los palos - Le Monde illustré - 1er mars 1879

Deux de nos plus grands écrivains ont décrit le Carnaval de Paris : Honoré de Balzac et Victor Hugo. À la fin de ce mail vous trouverez leurs descriptions.

La Goguette des Machins Chouettes continue ses activités. Elle participera le dimanche 22 mai 2016 au Charivari, fête avec un défilé costumé suivi d’un bal masqué « dans l’esprit du quartier au 19ème siècle », qui aura lieu dans le 9ème arrondissement. Le rendez-vous général est fixé à partir de 14 heures 30 place Saint-Georges (métro Saint-Georges, ligne 12). Le départ du défilé avec fanfare est à 15 heures, pour un circuit en boucle passant par la rue des Martyrs (rues piétonnières pour l’occasion), retour place Saint-Georges vers 16 h 30. Le défilé et le bal sont ouverts à tous. Il est conseillé cependant d’être costumé ou masqué. La  place Saint-Georges et les rues alentour resteront piétonnières jusqu’à 19 heures. Contact des organisateurs :

charivarilorette@orange.fr

Une nouvelle goguette, petit groupe festif et chantant : la Goguette du 104, nous annonce sa naissance à Saint-Ouen le samedi 21 mai 2016. Elle invite tous ses amis ou futurs membres à la rejoindre pour un apéritif dinatoire en chansons et poésies au 104 avenue Gabriel Péri, métro Garibaldi (ligne 13) à partir de 18 heures. Apportez pique-nique, chansons, instruments de musique et bonne humeur !

Bien festivement.

Basile

Deux descriptions du Carnaval de Paris faites par deux grands écrivains français :

Le Carnaval de Paris vu par Honoré de Balzac en 1841 :

En 1841, dans son roman La Fausse Maîtresse, Honoré de Balzac évoque le Carnaval de Paris 1838, ses réjouissances de rues et ses bals.

Chacun sait que depuis 1830 le carnaval a pris à Paris un développement prodigieux qui le rend européen et bien autrement burlesque, bien autrement animé que le feu carnaval de Venise. Est-ce que, les fortunes diminuant outre mesure, les Parisiens auraient inventé de s’amuser collectivement , comme avec leurs clubs ils font des salons sans maîtresses de maison, sans politesse et à bon marché ?

Quoi qu’il en soit, le mois de mars prodiguait alors ces bals où la danse, la farce, la grosse joie, le délire, les images grotesques et les railleries aiguisées par l’esprit parisien arrivent à des effets gigantesques. Cette folie avait alors, rue Saint-Honoré, son Pandémonium, et dans Musard son Napoléon, un petit homme fait exprès pour commander une musique aussi puissante que la foule en désordre, et pour conduire le galop, cette ronde du sabbat, une des gloires d’Auber, car le galop n’a eu sa forme et sa poésie que depuis le grand galop de Gustave. Cet immense final ne pourrait-il pas servir de symbole à une époque où, depuis cinquante ans, tout défile avec la rapidité d’un rêve?

Or, le grave Thaddée, qui portait une divine image immaculée dans son cœur, alla proposer à Malaga, la reine des danses de carnaval, de passer une nuit au bal Musard, quand il sut que la comtesse, déguisée jusqu’aux dents, devait venir voir, avec deux autres jeunes femmes accompagnées de leurs maris, le curieux spectacle d’un de ces bals monstrueux. Le mardi-gras de l’année 1838, à quatre heures du matin, la comtesse, enveloppée d’un domino noir et assise sur les gradins d’un des amphithéâtres de cette salle babylonienne où, depuis, Valentino donne ses concerts, vit défiler dans le galop Thaddée, en Robert-Macaire, conduisant l’écuyère en costume de sauvagesse, la tête harnachée de plumes comme un cheval du sacre, et bondissant par dessus les groupes en vrai feu follet.

Le Carnaval de Paris 1833 vu par Victor Hugo :

Dans Les Misérables, roman publié en 1862 (5ème partie, Jean Valjean, livre VI, La Nuit blanche), Victor Hugo décrit le Carnaval de Paris en 1833, qu’il a connu. Il avait alors presque 31 ans. Le mardi gras tombait le 19 février en 1833. Victor Hugo, né le 26 février 1802, eut 31 ans une semaine plus tard.

Les masques abondaient sur le boulevard. Il avait beau pleuvoir par intervalle, Paillasse, Pantalon et Gille s’obstinaient. Dans la bonne humeur de cet hiver de 1833, Paris s’était déguisé en Venise. On ne voit plus de ces mardis gras-là aujourd’hui. Tout ce qui existe étant un carnaval répandu, il n’y a plus de carnaval.

Les contre-allées regorgeaient de passants et les fenêtres de curieux. Les terrasses qui couronnent les péristyles des théâtres étaient bordées de spectateurs. Outre les masques, on regardait ce défilé, propre au mardi gras comme à Longchamp, de véhicules de toutes sortes, citadines, tapissières, carrioles, cabriolets, marchant en ordre, rigoureusement rivés les uns aux autres par les règlements de police et comme emboîtés dans des rails.

Quiconque est dans un de ces véhicules-là est tout à la fois spectateur et spectacle. Des sergents de ville maintenaient sur les bas côtés du boulevard ces deux interminables files parallèles se mouvant en mouvement contrarié, et surveillaient, pour que rien n’entravât leur double courant, ces deux ruisseaux de voitures coulant, l’un en aval, l’autre en amont, l’un vers la Chaussée d’Antin, l’autre vers le faubourg Saint-Antoine. Les voitures armoriées des pairs de France et des ambassadeurs tenaient le milieu de la chaussée, allant et venant librement. De certains cortèges magnifiques et joyeux, notamment le Bœuf Gras, avaient le même privilège. Dans cette gaieté de Paris, l’Angleterre faisait claquer son fouet ; la chaise de poste de lord Seymour, harcelée d’un sobriquet populacier, passait à grand bruit.

Dans la double file, le long de laquelle des gardes municipaux galopaient comme des chiens de berger, d’honnêtes berlingots de famille, encombrés de grand’tantes et d’aïeules, étalaient à leur portière de frais groupes d’enfants déguisés, pierrots de sept ans, pierrettes de six ans, ravissants petits êtres, sentant qu’ils faisaient officiellement partie de l’allégresse publique, pénétrés de la dignité de leur arlequinade et ayant une gravité de fonctionnaires.

De temps en temps un embarras survenait quelque part dans la procession des véhicules ; l’une ou l’autre des deux files latérales s’arrêtait jusqu’à ce que le nœud fût dénoué ; une voiture empêchée suffisait pour paralyser toute la ligne. Puis on se remettait en marche.

Les carrosses de la noce étaient dans la file allant vers la Bastille et longeant le côté droit du boulevard. A la hauteur de la rue du Pont-aux-Choux, il y eut un temps d’arrêt. Presque au même instant, sur l’autre bas côté, l’autre file qui allait vers la Madeleine s’arrêta également.

Il y avait à ce point-là de cette file une voiture de masques.

Ces voitures, ou, pour mieux dire, ces charretées de masques sont bien connues des parisiens. Si elles manquaient à un mardi gras ou à une mi-carême, on y entendrait malice, et l’on dirait : il y a quelque chose là-dessous. Probablement le ministère va changer. Un entassement de Cassandres, d’Arlequins et de Colombines, cahoté au-dessus des passants, tous les grotesques possibles depuis le turc jusqu’au sauvage, des hercules supportant des marquises, des poissardes qui feraient boucher les oreilles à Rabelais de même que les ménades faisaient baisser les yeux à Aristophane, perruques de filasse, maillots roses, chapeaux de faraud, lunettes de grimacier, tricornes de Janot taquinés par un papillon, cris jetés aux piétons, poings sur les hanches, postures hardies, épaules nues, faces masquées, impudeurs démuselées ; un chaos d’effronteries promené par un cocher coiffé de fleurs : voilà ce que c’est que cette institution.

La Grèce avait besoin du chariot de Thespis, la France a besoin du fiacre de Vadé.

Tout peut être parodié, même la parodie. La saturnale, cette grimace de la beauté antique, arrive, de grossissement en grossissement, au mardi gras ; et la bacchanale, jadis couronnée de pampres, inondée de soleil, montrant des seins de marbre dans une demi-nudité divine, aujourd’hui avachie sous la guenille mouillée du nord, a fini par s’appeler la chie-en-lit.

La tradition des voitures de masques remonte aux plus vieux temps de la monarchie. Les comptes de Louis XI allouent au bailli du palais « vingt sous tournois pour trois coches de mascarades ès carrefours ». De nos jours, ces monceaux bruyants de créatures se font habituellement charrier par quelque ancien coucou dont ils encombrent l’impériale, ou accablent de leur tumultueux groupe un landau de régie dont les capotes sont rabattues. Ils sont vingt dans une voiture de six. Il y en a sur le siège, sur le strapontin, sur les joues des capotes, sur le timon. Ils enfourchent jusqu’aux lanternes de la voiture. Ils sont debout, couchés, assis, jarrets recroquevillés, jambes pendantes. Les femmes occupent les genoux des hommes. On voit de loin sur le fourmillement des têtes leur pyramide forcenée. Ces carrossées font des montagnes d’allégresse au milieu de la cohue. Collé, Panard et Piron en découlent, enrichis d’argot. On crache de là-haut sur le peuple le catéchisme poissard. Ce fiacre, devenu démesuré par son chargement, a un air de conquête. Brouhaha est à l’avant, Tohubohu est à l’arrière. On y vocifère, on y vocalise, on y hurle, on y éclate, on s’y tord de bonheur ; la gaieté y rugit, le sarcasme y flamboie, la jovialité s’y étale comme une pourpre ; deux haridelles y traînent la farce épanouie en apothéose; c’est le char de triomphe du Rire.

Rire trop cynique pour être franc. Et en effet ce rire est suspect. Ce rire a une mission. Il est chargé de prouver aux parisiens le carnaval.

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